Le Ministère du Travail et France Stratégie ont publié aujourd’hui les résultats de leur étude sur l’emploi en France en 2022.

800.000 postes seront disponibles chaque année et le chômage baissera à 8%. Voilà comment :

Depuis les années 2000, l’arrivée en fin de vie active des premières générations nées après
la Seconde Guerre mondiale engendre un nombre croissant de départs en fin de carrière
(départs définitifs de l’emploi à partir de 50 ans pour raison de santé, préretraite, départs
vers l’inactivité ou le chômage sans retour à l’emploi, et bien entendu, départs
correspondant à la liquidation de la retraite ). Ces départs resteront nombreux sur la décennie 2012-2022, même si l’âge moyen de cessation d’activité augmentera compte tenu du recul de l’âge de fin d’études et des mesures prises pour reporter l’âge de départ à la retraite. Ce phénomène
s’explique, d’une part, par le fait que les générations les plus concernées, nées dans les années 1950, sont aussi nombreuses que celles de l’immédiat après-guerre et, d’autre part,par la montée progressive du travail féminin conduisant à une augmentation des femmes enfin de vie active. Au total, sur la période 2012-2022, le nombre de départs devrait avoisiner 620 000 par an en moyenne contre un peu plus de 400 000 sur la période 1997-2001, 500 000 entre 2001 et 2005, 600 000 sur la période 2005-2008 et 540 000 entre 2008 et 2012 (les mesures repoussant l’âge de la retraite ayant temporairement freiné le nombre de départs sur cette période).

Au-delà des départs en fin de carrière, le nombre de postes à pourvoir dépendra aussi de celui des emplois créés sur la période. Dans le scénario central, le nombre annuel moyen d’emplois créés sur dix ans serait nettement inférieur au niveau atteint dans les années 1997-2001 ou 2005-2008, périodes de conjoncture haute, mais il resterait supérieur à celui des années 2001-2005 ou 2008-2012, marquées par la crise. Avec 177000 emplois créés par an en moyenne, le niveau de créations d’emploi serait proche de celui de l’ensemble de la période 1997-2012 (182000). Avec 115000 créations d’emploi par an en moyenne, le scénario de crise envisage une reprise des créations d’emploi, mais inférieure à celles observées sur les quinze dernières années. Le scénario cible, avec 212 000 créations d’emploi par an en moyenne, se situe légèrement au-dessus de la période 1997-2012. Au final, sur la période 2012-2022, en additionnant les flux de départs en fin de carrière et les créations nettes d’emploi, le nombre annuel de postes à pourvoir dans le scénario central avoisinerait les 800000 par an (735000 pour le scénario de crise, 830000 pour le scénario cible), soit 3% du nombre moyen d’emplois occupés sur la période 2012-2022. Parmi ces postes à pourvoir, 78% seraient consécutifs à des départs en fin de carrière dans le scénario central (74%dans le scénario cible, 84% dans le scénario de crise).

Forte dynamique des métiers de soins et d’aide aux personnes fragiles associée à de nombreux départs en fin de carrière

L’ensemble des professions de soins et d’aide aux personnes fragiles devrait bénéficier d’une forte dynamique de l’emploi, à l’exception des médecins dont l’évolution dépend du numerus clausus 2 et pour lesquels tous les départs en fin de carrière ne seraient pas remplacés à l’horizon 2022 (avec la destruction d’un peu plus de 20000 postes en dix ans).
Aides à domicile, aides-soignants et infirmiers figureraient ainsi parmi les métiers qui gagneraient le plus d’emplois à l’horizon 2022, avec de l’ordre de 350 000 créations nettes
en dix ans. Le métier d’aide à domicile serait même celui qui créerait le plus de postes sur les dix années à venir, aussi bien en termes de taux de croissance qu’en nombre de postes (près de 160 000 postes créés d’ici 2022, soit une hausse de 2,6% en moyenne chaque année).
Le vieillissement de la population engendre en effet des besoins croissants en matière de
soins et d’accompagnement de la dépendance dans un contexte de baisse programmée du nombre de médecins et tandis que les possibilités de prise en charge par les familles tendent à se réduire avec la poursuite de la hausse du taux d’activité des femmes après 45ans et la fragmentation croissante des structures familiales. Le développement de la médecine ambulatoire et le maintien à domicile des personnes âgées nécessiteront donc un accompagnement par des professionnels des services à la personne. Le nombre d’assistantes maternelles devrait également augmenter plus rapidement que l’ensemble des métiers pour répondre aux besoins encore insatisfaits de prise en charge des jeunes enfants. Enfin le nombre de professionnels de l’action sociale, répondant aux besoins des personnes âgées, des personnes handicapées et des jeunes en difficulté, devrait également être orienté à la hausse, mais à un rythme moins soutenu que celui constaté dans les années 1990 et 2000. Les départs en fin de carrière sont traditionnellement nombreux dans les métiers d’assistante maternelle et d’aide à domicile où l’âge médian est élevé (respectivement 45 et 47 ans contre 42 ans pour l’ensemble des métiers), car ils sont souvent occupés par des femmes ayant repris un emploi après une interruption ou une reconversion. Dans ces métiers, plus d’une
personne sur trois est âgée d’au moins 50 ans. Les postes à pourvoir devraient donc être très importants pour ces métiers, dont les effectifs sont élevés. Entre 2012 et 2022, près de
500000 postes seraient à pourvoir dans ces deux métiers. Dans les métiers de la santé, les départs en fin de carrière seront proportionnellement moins nombreux, notamment parmi les professions paramédicales.

De fortes créations d’emploi dans les métiers les plus qualifiés,des départs en fin de carrière plus différenciés

Entre 2012 et 2022, les métiers très qualifiés seront également parmi les plus gros créateurs
nets d’emploi, à quelques nuances près, les emplois les plus qualifiés occupant une part croissante de l’emploi. Ainsi la croissance des métiers de cadres serait presque deux fois plus forte que celle de l’ensemble des métiers (+1,2% chaque année contre +0,7%). Dans la plupart des cas, ces métiers auront également une forte proportion de postes à pourvoir entre 2012 et 2022. Parmi les cadres assurant des fonctions à dominante administrative et les managers (cadres
de la banque et des assurances, cadres de la fonction publique, dirigeants d’entreprise, et
dans une moindre mesure cadres des services administratifs, comptables et financiers et
cadres commerciaux), la hausse du nombre d’emplois se conjuguerait avec de nombreux
départs en fin de carrière. Ces métiers comptent en effet une proportion importante de séniors dans leurs effectifs. Ainsi, parmi les cadres de la fonction publique, la moitié des salariés est âgée de plus de 47 ans en 2010-2012, contre 42 ans pour l’ensemble des personnes en emploi. Pour cette catégorie, les départs en fin de carrière auraient un poids d’autant plus important dans les postes à pourvoir que les créations nettes d’emploi seraient plus faibles que pour la plupart
des autres familles professionnelles de niveau cadre, dans un contexte d’ajustement budgétaire pour l’emploi public.
Les départs en fin de carrière seront proportionnellement moins nombreux pour les
ingénieurs ou cadres techniques de l’industrie, le personnel d’études et de recherche, et surtout pour les ingénieurs de l’informatique, les recrutements se faisant avant tout en faveur
de jeunes diplômés. Mais ces métiers devraient bénéficier de nombreuses créations d’emploi, portées par le développement des nouvelles technologies (technologies de l’information et de la communication, nanotechnologies…) et les efforts en matière de recherche-développement. Sur les dix prochaines années, ces trois familles professionnelles pourraient offrir au total 220000 emplois supplémentaires, soit un taux de création nette de 2% par an en moyenne.
Les professions de l’information et de la communication, tout comme celles des arts et
spectacles, sont surtout occupées par des jeunes ou des personnes en milieu de vie active.
Les taux de départs en fin de carrière y seraient donc limités. L’emploi devrait être soutenu
dans ces métiers par l’essor du multimédia et des activités audiovisuelles, avec un taux de
création nette qui pourrait dépasser 1,7% par an d’ici à 2022.
En dehors de l’administration publique et de quelques domaines industriels en déclin, la
croissance de l’emploi pour les professions intermédiaires serait également soutenue, proche
de 1% chaque année, bien plus élevée que celle de l’ensemble des métiers, et souvent associée à des départs en fin de carrière nombreux. Ainsi, parmi les métiers qui bénéficieraient des plus importants volumes de créations nettes d’emploi d’ici à 2022, se trouvent plusieurs métiers de niveau professions intermédiaires tels que les infirmiers, sages-femmes et les professions paramédicales (dont nous avons vu que la croissance était tirée par la dynamique générale des métiers de soin), ainsi que les techniciens des services administratifs comptables et financiers.

Les métiers qualifiés du bâtiment, des transports et de la logistique devraient
se développer dans une perspective environnementale

À l’horizon 2022, les créations d’emploi dans les métiers du transport et de la logistique
pourraient être limitées par l’augmentation du prix de l’énergie. Au sein de ce domaine
professionnel, la croissance du nombre de postes à pourvoir devrait être plus élevée pour les métiers les plus qualifiés tels que les agents d’exploitation de transports ou les cadres des
transports, de la logistique et navigants de l’aviation, tout en restant inférieure à l’évolution
attendue pour d’autres métiers de cadres.
Dans le domaine du bâtiment et des travaux publics, les architectes et cadres, les
techniciens et agents de maîtrise et, dans une moindre mesure, les ouvriers qualifiés devraient continuer de bénéficier de créations d’emploi à l’horizon 2022. Favorisées par l’augmentation du nombre des ménages, par la rénovation et l’adaptation du parc de logements au vieillissement de la population et à la dépendance et par le développement des normes règlementaires et environnementales, les créations seraient cependant moins nombreuses que lors de la décennie précédente en raison d’une croissance économique moins forte. Les ouvriers qualifiés
du second œuvre (plombiers, électriciens, peintres, menuisiers, etc.dont plus du tiers sont à leur compte, devraient quant à eux être concernés par des taux de départs en fin de carrière relativement importants, supérieurs à 2,6% en moyenne chaque année.


Des créations d’emploi nombreuses pour les métiers du commerce et de l’hôtellerie et de la restauration mais peu de départs en fin de carrière

Les départs en fin de carrière seront limités dans certains métiers peu qualifiés recrutant
de nombreux jeunes comme les caissiers, vendeurs et attachés commerciaux, les cuisiniers et
employés de l’hôtellerie et de la restauration, les coiffeurs et esthéticiens ou les métiers de
l’animation culturelle et sportive: dans ces professions, moins de 1,9% des personnes en
emploi seraient concernées chaque année. Ces métiers devraient néanmoins continuer à
bénéficier des nouveaux modes de consommation privilégiant le bien-être et les loisirs : le rythme des créations d’emploi y resterait donc relativement soutenu, tiré à la hausse dans le secteur du commerce par la prolongation des horaires d’ouverture, la hausse de la qualité des prestations et les préférences des consommateurs pour les commerces de proximité, malgré le développement continu des nouvelles technologies et du commerce électronique.
Seul le métier de caissiers ne profiterait pas de cette dynamique du secteur du commerce
mais pâtirait de l’automatisation des caisses. Ainsi le nombre de caissiers resterait stable sur
dix ans.
Au total, la proportion de postes à pourvoir dans le commerce et l’hôtellerie, restauration, alimentation se situerait autour de la moyenne (avec plus de créations nettes mais moins de
départs en fin de carrière), mais les recrutements resteront nombreux du fait d’un
important turn-over,dû à des conditions salariales, horaires ou d’activité souvent difficiles.

Des pertes d’emploi moins fortes que par le passé parmi les ouvriers non qualifiés de l’industrie, et des créations pour certains métiers d’ouvriers qualifiés

Sur la période 2012-2022, certains métiers industriels devraient bénéficier de créations d’emploi,
mais en nombre limité: il s’agirait surtout de professions intermédiaires telles que les techniciens et les agents de maîtrise des industries de process et de la maintenance en
raison d’équipements industriels ou non industriels toujours plus élaborés. Les ouvriers
qualifiés de la réparation automobile seraient également en croissance : ils profiteraient du
moindre renouvellement de l’automobile et du développement des services de mobilité,
favorisant la réparation. Dans d’autres métiers (ouvriers de la mécanique, de l’électricité-électronique, du textile-habillement, ouvriers des industries graphiques), l’emploi continuerait
à se replier à un rythme cependant inférieur aux tendances observées dans les années 2000, dans un contexte de ralentissement de la désindustrialisation.
Sur les postes qualifiés d’ouvriers industriels, la proportion de départs en fin de carrière sera
cependant élevée. C’est également le cas des métiers d’ouvriers qualifiés de la manutention
et de la réparation automobile, dont les créations nettes d’emploi seraient légèrement inférieures à la moyenne.
Les départs en fin de carrière pourraient inciter les employeurs à continuer à offrir, face aux difficultés à recruter qu’ils ressentent, des opportunités d’insertion et de promotion interne au sein des entreprises.
Pour la plupart des postes peu qualifiés d’ouvriers, dans la mécanique et le formage des
métaux, les industries de process, l’électricité-électronique, le bâtiment et les travaux publics
ou la manutention, la proportion de postes à pourvoir telle que mesurée dans cet exercice de prospective devrait être sensiblement inférieure à la moyenne. Le volume de départs en fin
de carrière sera en effet limité car ces emplois s’adressent plutôt à des jeunes, souvent
intérimaires ou apprentis, permettant par la suite d’occuper des métiers plus qualifiés de leur domaine. Par ailleurs le nombre d’emplois offerts pourrait diminuer dans ces métiers non
qualifiés sous l’effet notamment du positionnement des secteurs industriels sur des créneaux
à plus forte valeur ajoutée. Les ouvriers non qualifiés du bâtiment feraient toutefois exception
puisqu’ils enregistreraient une progression de leurs effectifs d’ici 2022 en raison du redémarrage de la croissance dans le secteur du bâtiment. Cette croissance resterait cependant légèrement inférieure à la moyenne du fait principalement de la hausse modérée du revenu des ménages en projection. Compte tenu de leur fort turn-over, ces métiers devraient néanmoins continuer à offrir des opportunités d’embauche à des jeunes en phase d’insertion professionnelle.


Des pertes d’emploi parmi les employés administratifs…

Dans les fonctions administratives, le développement continu des technologies numériques et la rationalisation des organisations du travail devraient, comme par le passé, contribuer à comprimer l’emploi des secrétaires ou employés de la banque et des assurances tandis que le nombre d’employés de la comptabilité ou de secrétaires de direction devrait rester quasiment stable. Avec 2% de créations nettes par an, les effectifs de techniciens des services administratifs, comptables et financiers continueraient pour leur part d’augmenter fortement, les fonctions d’expertise dans ces domaines ne se limitant pas aux seuls cadres.
Dans l’administration publique, les employés comme les professions intermédiaires devraient subir des réductions d’effectifs dans un contexte budgétaire contraint. Ces deux familles professionnelles pourraient ainsi perdre au total près de 80 000 emplois sur les dix
prochaines années.
Pour la plupart des professions à vocation administrative, le rythme des départs en fin de
carrière serait comparable à celui de l’ensemble des métiers. En revanche, les départs en fin
de carrière seront nombreux pour les secrétaires et pour les métiers de la fonction publique
en raison d’une part des séniors élevée. Ces départs ne devraient toutefois pas tous être remplacés et la proportion de postes à pourvoir serait donc, au final,limitée. Dans ces
métiers, les recrutements devraient toutefois rester importants en volume car les effectifs
concernés sont conséquents.
La baisse du nombre de militaires, policiers et pompiers devrait être plus marquée entre 2012
et 2022 que sur la dernière décennie en raison, notamment, de la poursuite des
restructurations dans l’armée et des contraintes budgétaires plus fortes dans l’administration
publique. Ces métiers aux carrières souvent courtes continueront cependant à recruter
régulièrement.

…et chez les agriculteurs

Les agriculteurs, éleveurs ou sylviculteurs connaîtront comme par le passé d’importants flux
de départs en fin de carrière qui ne seront pas compensés à l’identique par l’installation de
jeunes exploitants ou l’embauche de nouveaux salariés. Même si le rythme des pertes
d’emploi serait inférieur à la tendance passée, ce métier serait celui qui perdrait le
plus d’emploi à l’horizon 2022.


De nombreux postes à pourvoir pour les agents d’entretien, les employés de maison ou conducteurs de véhicules, alimentés essentiellement par les départs en fin de carrière.

Enfin, dans différents domaines professionnels, certains métiers, peu dynamiques en termes d’emploi, devront surtout faire face à des départs en fin de carrière nombreux. Ainsi, les métiers d’employés de maison et d’agents d’entretien compteront une proportion importante de postes à pourvoir pour pallier les cessations d’activité, ces deux métiers ayant une moyenne d’âge élevée (la moitié des employés de maison a plus de 51 ans).
Les postes à pourvoir seraient alimentés principalement par les départs en fin de carrière car
peu d’emplois devraient se créer pour les agents d’entretien tandis que le nombre
d’employés de maison diminuerait très légèrement sur la période.
Les conducteurs de véhicules devraient être dans une configuration proche avec un nombre de départs en fin de carrière élevé et des créations d’emploi quasi nulles. Le remplacement des départs en fin de carrière devrait également engendrer un volume important de postes à pourvoir parmi les enseignants (300000), malgré un rythme de créations d’emploi inférieur à la moyenne, la
dynamique dans ce métier étant très dépendante des finances publiques.

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